Beaucoup de porteurs de montres à luminescent croient fermement qu'exposer leur cadran à la lumière du jour pendant plusieurs heures avant une sortie nocturne amplifierait la brillance dans le noir. Plus de lumière stockée, plus d'énergie libérée la nuit : la logique semble évidente. Sauf qu'elle ignore complètement le mécanisme physique réel du phénomène de photoluminescence.

Le luminescent moderne (tritium, Super-LumiNova ou équivalents) fonctionne par absorption de photons : les électrons du matériau sont excités par la lumière visible ou ultraviolette, puis retombent à leur état initial en émettant une lumière visible dans l'obscurité. Jusque-là, le raisonnement du porteur tient debout. Mais voilà le détail qu'il omet : cette excitation n'est pas linéaire ni illimitée. Le matériau possède une capacité maximale d'absorption et de stockage d'énergie. Une fois saturé (généralement après 15 à 30 minutes d'exposition directe à une source lumineuse suffisamment intense), ajouter plus de lumière n'ajoute rien. Les électrons ne peuvent pas être "plus excités" qu'ils ne le sont déjà. L'énergie supplémentaire n'a nulle part où aller.

Pis encore : une exposition très prolongée, notamment au rayonnement ultraviolet direct (soleil d'été sans filtre), dégrade progressivement les molécules du composé luminescent lui-même. Les liaisons chimiques se cassent, la phosphorescence s'affaiblit. Vous n'enrichissez pas votre réserve d'énergie stockée, vous endommagez le matériau qui la produit. Le cadran brille moins bien, non pas parce qu'il n'a pas eu assez de lumière, mais parce qu'une exposition excessive l'a usé prématurément.

La vraie pratique : quelques minutes d'exposition à une lumière blanche intense suffisent amplement à saturer le luminescent. Au-delà, c'est du temps perdu, et au pire un risque d'accélération du vieillissement du matériau. Votre montre n'est pas une batterie rechargeable sans limite.